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RAPPORT ANNUEL DE LA COMMISSION DE FORMATION 2024

Nous devons former des jeunes qui gardent les mains sur le volant.
28 juillet 2026 par
NEXFAB Sàrl, Samuel Vuadens


Samuel Vuadens est président du GIM, membre du comité directeur de Swissmechanic et président de la commission de formation depuis 2024. Le Journal s’est entretenu avec lui des tâches à accomplir et des défis à venir de la commission.

Interview: Monica Hotz juin 2024

Samuel Vuadens, vous êtes prési­dent de la commission de formation de Swissmechanic depuis l’automne 2024. Quelle est la priorité que vous souhaitez y mettre ?

Samuel Vuadens: Le principal défi, c’est l’équation démographique. Mathématiquement, il sera très difficile de compenser les départs à la retraite avec l’arrivée des jeunes en formation. Si les jeunes ne s’orientent plus vers les métiers de l’industrie technique, c’est tout l’écosystème qui s’affaiblit : centres de formation, hautes écoles spécialisées, PME industrielles, et nos capacités d’innovation.

Ma priorité, en tant que président de la commission, est de redonner à ces métiers leur attractivité, leur visibilité, leur fierté. Je crois profondément que nos professions ont du sens. Elles allient savoir technique, savoir-faire et savoir-être, avec un ancrage fort dans le concret – trois piliers essentiels pour bâtir une carrière, une entreprise, ou une société résiliente.

Il est temps de réussir la reconnec­tion de la formation avec la réalité industrielle, renforcer les liens entre les entreprises et les jeunes, et moderniser les approches pédago­giques sans perdre l’essence de notre métier. La relève, ça se prépare, ça ne se déc­rète pas!

Comment répondre durablement au défi de la relève dans l’industrie technique ?

Ce défi n’est pas nouveau, mais il devient critique. Il ne s’agit plus simplement d’attirer quelques jeunes de plus, mais de repenser comment notre secteur reste attractif, productif et humain malgré une baisse structurelle des effectifs.

Je vois une opportunité. La technologie – notamment la digitalisation et l’intelligence artificielle – peut devenir un levier. D’un côté, elle suscite l’intérêt des nouvelles générations, plus connectées et sensibles aux outils numériques. De l’autre, elle permet de garder une productivité élevée tout en valorisant la précision, la rigueur et la dextérité fine qui font la spécificité de nos métiers.

L’enjeu est clair : intégrer ces technologies avec bon sens, sans dénaturer l’essence de notre industrie.

On doit garder les mains dans le concret, tout en mettant un pied dans l’avenir.

Quelles seront vos prochaines actions concrètes au sein de la commission de formation ?

Nous avons tenu une première séance pour poser les bases : la commission doit se concentrer sur les choix stratégiques, tandis que l’opérationnel doit être délégué aux collaborateurs de Swissmechanic, au sens large.

Ce qui est apparu très clairement, c’est que la charge de travail est immense et que les ressources actuelles de l’association faîtière ne suffiront pas. Il devient donc vital de fonctionner de manière décentralisée, en s’appuyant sur les compétences et les moyens disponibles dans les sections régionales.

Notre rôle, en tant que comité, est double : définir les grandes priorités et fédérer les ressources internes – humaines et techniques – à travers tout Swissmechanic pour que l’action suive la vision.

En tant que Suisse romand, appor­tez-vous une autre sensibilité à la formation que celle présente en Suisse alémanique ?

Oui, l’éducation est aussi une affaire de culture. Et c’est précisément ce qui fait la richesse et la complexité de la Suisse. Nos approches peuvent parfois diverger, nos mots peuvent être différents, mais c’est cette diversité qui nous rend plus forts.

En tant que Romand, je tiens à amener cette sensibilité minoritaire, cette capacité à traduire, à relier. Je crois à la force des mots, mais aussi à la puissance du langage commun que nous partageons tous : celui de la technologie.

Les copeaux ne parlent ni français, ni allemand, ni italien. Ils parlent précision, passion, rigueur. Et sur ces valeurs-là, on peut tous se retrouver.

Industrie 4.0 et Smart Factory ont marqué les dernières années. Quelle est la suite ?

On entre de plein pied dans ce qu’on peut appeler la cinquième révolution industrielle. On parle maintenant de Creative Factory, de Dark Factory, mais au fond, c’est la suite logique : une digitalisation poussée, plus rapide, plus intelligente.

Ceux qui savent utiliser ces outils à bon escient prennent une vraie longueur d’avance. Mais il faut rester lucide : ce ne sont que des outils. Ni plus, ni moins. Comme l’ont été la lime, l’étau limeur, la fraiseuse conventionnelle, la CNC, ou l’impression 3D.

Ce qui compte, c’est de savoir quand et pourquoi on les utilise. La technologie n’a de valeur que dans les mains de celles et ceux qui la comprennent.

L’intelligence artificielle bouleverse tous les secteurs. Quel rôle va-t-elle jouer dans la formation profession­nelle – et quels en sont les risques ?

La formation est un mot vaste. Mais si je reprends mes trois piliers – savoir, savoir-faire, savoir-être – voilà ma lecture :

  • Savoir technique : l’IA permet déjà d’expliquer rapidement des sujets complexes, de structurer des contenus et de répondre à des questions de manière précise. C’est un atout. Mais attention : il faut absolument en­seigner et vérifier les savoirs fondamentaux. Je pense même qu’il faut revenir à une forme d’apprentissage «par cœur» pour certaines bases indispensables.
  • Savoir-faire : l’IA va accélérer l’arrivée des cobots, l’amélioration continue, le contrôle qualité, et la gestion de flux intelligents. Cela va renforcer l’efficience de nos ateliers. Mais pour les produits de niche, typiquement suisses, la dextérité humaine restera un facteur clé.
  • Savoir-être : c’est peut-être le point le plus délicat. L’IA nous libère du temps – mais que va-t-on en faire ? Comment va-t-on structurer notre rapport à l’effort, à l’apprentissage, à la responsabilité individuelle ? Ce sont des questions profondément humaines, qu’aucune machine ne résoudra à notre place.

L’IA n’est pas une menace si on la comprend comme un levier. Mais encore faut-il former des gens capables de garder la main sur la manette.

Quelle est votre vision pour l’avenir de la formation professionnelle en Suisse à 10 ans ?

Nous avons à peine digéré la numérisation de l’industrie 4.0, et pourtant, elle appartient déjà au passé. Une nouvelle révolution technologique est en marche. Par définition, une révolution, c’est un basculement rapide, profond, qui transforme la société, l’économie et nos façons de vivre et de travailler.

Sommes-nous à l’aube de la cinquième révolution industrielle, portée par l’intelligence artificielle ? À mes yeux, oui. Et ce virage ne concernera pas seulement les outils, mais aussi la formation. Elle devra évoluer vite, s’adapter, et surtout inspirer.

J’espère que cette transformation sera une opportunité pour motiver une nouvelle génération de jeunes qui veulent allier technologie de pointe et savoir-faire manuel. Car fabriquer de ses mains un produit manufacturé – avec précision, intelligence et fierté – restera toujours une source de grande satisfaction.